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Le jeu de société ... tendance ?! Imprimer Envoyer
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Reportage / Vidéo
Écrit par Christophe de la ludo   

Libération consacrait un article sur l'aspect tendance des jeux de société.

Voici l'article que le journal présentait en date du 29/05/2009

 

Un plateau, des dés, des pions ou des cartes : quoi de plus simple, de plus vieillot même, qu’un jeu de société ? A l’heure où les consoles qui coûtent un bras règnent sur l’univers ludique, ce produit archaïque semblait promis à une mort certaine. Et puis non. Bien moins coûteux que les jeux d’écran, le jeu de société s’ajuste à l’air du temps, traverse l’époque et se renouvelle même. Tandis que les ventes de la triomphante poupée Barbie vacillent, le jeu de société, lui, survit. Avec des classiques suréprouvés ou des nouveautés inattendues qui cartonnent grâce au bouche-à-oreille.

Entre amis ou en famille, enfant, ado ou adulte, on a tous déjà joué une partie de Monopoly, de Trivial Pursuit ou de Uno. Des jeux parfois vieux de plus de soixante-dix ans mais modernisés par petites touches. Dans sa prochaine édition, Cluedo va proposer aux joueurs de recevoir les indices sur leur téléphone portable. Monopoly, lui, s’est mis au paiement par carte bancaire.

Paysans. En parallèle, une nouvelle génération de jeux trouve son public. Plus drôles, plus simples ou plus tactiques, ces nouveaux loisirs passent par le circuit des boutiques spécialisées. Chaque année, des centaines de modèles sortent sur le marché, qui, malgré la crise, continue de bien se porter. Comment s’explique ce succès ?

Par la richesse de l’offre, d’abord. De cartes, de stratégie, de hasard ou d’adresse, le jeu de société est multiple. «Il y en a pour tous les goûts et pour toutes les tranches de la population», assure Monsieur Phal, responsable - sous pseudo - de Trictrac.net, un site d’information sur le sujet. Le spécialiste distingue trois grandes catégories. Les jeux mass market à l’instar «des grosses machines» type Monopoly, la Bonne Paye ou le 1000 Bornes. Avec eux, Monsieur Phal n’est pas tendre : «Ce sont des jeux qui ont plus de 70 ans, c’est comme si on continuait à ne regarder que des films en noir et blanc.» Ensuite, il y a les jeux d’ambiance qui «touchent le grand public» et «avec lesquels on rit sans se prendre la tête» : Jungle Speed, Times Up ou les Loups-Garous de Thiercelieux. Enfin, «pour les joueurs un peu plus initiés», des jeux dans lesquels interviennent des notions de gestion de ressources ou de diplomatie, comme Puerto Rico ou Agricola. Là, les participants incarnent des paysans ayant pour mission de développer leur ferme.

En tête des ventes ? Les classiques. «80 % des cinquante premiers jeux du hit-parade existent depuis des générations», remarque Yves Cognard, directeur marketing d’Hasbro France, leader sur le marché des jeux et des jouets. Les chiffres le confirment. Quelque 500 000 unités de Monopoly vendues chaque année en France. 250 000 Trivial Pursuit. 200 000 Cluedo.

Totem. Face à ces machines de guerre, il y a les challengers. Comme les Loups-Garous de Thiercelieux, un jeu de rôle uniquement composé de cartes. Le principe : on endosse le rôle d’un villageois ou celui d’un loup-garou et les deux camps s’affrontent. Typique des «party games», autrement dit «des jeux auxquels on joue à l’apéro avec des potes», résume Nicolas Benoist, responsable du marketing chez Asmodée, éditeur de Jungle Speed (200 000 exemplaires vendus par an) ou encore de Times Up (100 000 par an), grands succès de ces dix dernières années. Preuve que le genre du jeu de société se renouvelle. Avec Jungle Speed, il devient plus physique puisqu’il s’agit de se jeter sur un totem de bois plus vite que les autres. Avec Times Up, la rapidité d’esprit est décisive pour faire deviner à son équipe une personnalité. Tout le contraire du Scrabble, où les participants prennent plutôt leur temps. Plus vifs donc, ces jeux ont aussi un autre avantage selon Nicolas Benoist : «Les adultes jouent avec les enfants et ils ne s’ennuient pas.»

Le succès du jeu de société tient sans doute à cela : il rassemble. Au minimum deux personnes. Parfois une vingtaine. S’il n’y a pas plus solitaire que la Gameboy, ce loisir, lui, suppose «un moment de partage familial ou amical» pendant lequel «le temps et l’espace se figent trois quarts d’heure autour d’une table», aime à penser Yves Cognard. Tisseur de lien social, le jeu de société réunit les générations, et facilite les échanges humains à en croire Manuel Rozoy, responsable du développement culturel du Centre national du jeu (CNJ) de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) : «Dans une soirée normale, si j’arrive seul et que je suis un peu timide, ça va être difficile de faire connaissance alors que le jeu, lui, crée la rencontre.»

L’archétype du jeu qui fait lien, c’est le jeu d’ambiance. La nouvelle génération de la catégorie. Il divertit, tout en créant de la convivialité. D’ailleurs, ce sont ceux qui «sont parmi les plus vendus à l’heure actuelle. Avec leurs règles faciles à apprendre, leurs parties courtes, ils constituent une porte d’entrée sur le jeu pour les non-joueurs», avance Pascal Notre-Dame, responsable du magasin Petit Joueur à Metz. De son côté, Monsieur Phal note «un retour à l’envie de se retrouver autour d’une table et de rigoler car les gens ont passé toute une journée devant leur ordi au travail». Il n’est plus rare de sortir un Jungle Speed après un dîner entre amis ou de se retrouver dans un café-jeu à siroter un cocktail tout en taquinant les dés.

Et en plus, ce divertissement est peu coûteux. Les prix oscillent en moyenne entre 20 et 50 euros. Fait rare : le secteur est peu atteint par la crise. Yves Cognard : «Dans les moments où la situation économique est morose, le marché du jeu de société se porte bien car on passe plus de temps à la maison en famille que dehors.» Le contexte économique aurait même «favorisé le besoin de réconfort et le repli des personnes sur leurs sphères familiales ou amicales, ainsi que la recherche d’activités sympathiques que l’on peut exercer dans ce cadre», estime Chantal Barthélémy-Ruiz, responsable de l’association Permis de jouer et chargée d’enseignement à l’université Paris-XIII en master sciences du jeu.

Compact. Le principal frein au jeu : la règle. Ou plutôt son assimilation. «Le jeu est véhiculé par l’oral», constate Manuel Rozoy, du CNJ. Il faut que le participant «passe la barrière de la règle» : pour cette raison, «le jeu doit s’expliquer rapidement afin de pouvoir jouer tout de suite». Les éditeurs privilégient les jeux faciles d’accès. A l’image d’Hasbro qui a sorti le «Monopoly Deal», une version simplifiée composée exclusivement de cartes. Nicolas Boutier, gérant d’une boutique spécialisée, Au Bois Rieur, à Vincennes, confirme que «la simplicité des règles paye toujours» car lorsqu’il «faut lire la règle et qu’au bout de la troisième phrase, quelqu’un pique du nez, ça ne va pas fonctionner». En outre, le temps de jeu doit être court et la partie suivre «un rythme rapide, qui ne laisse pas de place aux temps morts», précise Tiffen André, étudiante en sciences du jeu.

Vieux dinosaure, le jeu de société semble évoluer peu. Il se modifie subtilement. Plus compact, plus simple et plus expéditif. En totale adéquation avec l’époque, en somme.

 

Source : Libération

Mise à jour le Jeudi, 02 Juillet 2009 16:08
 

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